– Au niveau de l’atelier typographique, ces travaux, réels, étaient certainement corrigés avant l’impression. Une amorce de dialogue entre correcteur et compositeur existait-elle ?

 

– Le directeur de l’imprimerie, M. Coulon, s’est montré remarquable. Il a eu plusieurs idées… il a réalisé un bouquin de poèmes : tout le monde s’y est mis, malades, médecins, moi, et on a publié le travail commun. M. Dars, le thérapeute, avait également choisi des textes dans lesquels les malades puissent projeter leur personnalité. Certaines coquilles sont très orales, comme des bégaiements, en fait. Ici, la typographie est devenue sonore.

C’était le génie de Coulon de dialoguer avec les« malades »… Mais au début, il avait l’impression que je délirais, que ça n’avait aucun intérêt. Il l’a fait en s’inclinant, en ne croyant pas à ce qu’il faisait, par pure amitié. Il ne croyait pas que les coquilles typographiques puissent avoir une quelconque signification. Coulon était imprimeur, il était directeur de l’imprimerie, et moi j’étais bombardé ergothérapeute, psychothérapeute… on ne savait pas du tout où on allait !


 

– Le « corps » médical s’est-il servi de ce travail ?

– Essentiellement pour le diagnostic. Il y a eu des réunions avec les médecins, ça a été vivant sur le moment. Coulon a continué après mon départ, j’ai été informatif et lui a été constructeur, en faisant faire des romans, des linogravures, en faisant fonctionner l’imagination des malades. Mon propos était de lire entre les lignes.

 


 

– Et ensuite ?

 

– J’y allais une journée par semaine au début, et j’y suis resté plus de cinq ans… peut-être quinze, je ne sais plus ! Ma collaboration a été divisée en deux parties : typographie et linogravure. J’ai été déplacé… quand ils se sont dit : « Maintenant ça va très bien pour la typo, on va l’utiliser pour la linogravure. » C’est les médecins qui ont eu cette idée, et elle a été bonne, je crois.

Un beau jour, on m’a donc parachuté à « La Verrière », côté linogravure. Évidemment, il y avait un contact plus proche avec les « malades » et des journées beaucoup plus longues. J’ai pu intervenir en contact direct, au lieu de me trouver devant l’analyse des coquilles, j’étais en plein dans le bain, je pouvais intervenir directement dans les dessins. Même si je suis intervenu le moins possible en général. Quand je demande à la fille qui est étendue sur ce lit si tristement d’accepter le prince charmant, là, il est évident que j’interviens. Mais ça l’a peut-être aidée à passer de l’état de planche à repasser à celui d’être humain ! au moins dans le dessin…