– J’ai remarqué l’insistance des typographes sur la nature iconographique de l’écrit : les mots-images.
À propos de la mise en page typographique, vous semblez finalement être celui qui insiste le plus sur l’élocution. n’est-ce pas étonnant, tout particulièrement de la part d’un architecte ?

 

– Je suis venu au plomb parce que cela permettait d’être d’équerre et j’étais pas fichu de dessiner d’équerre ! Plus sérieusement, nous étions deux à songer à ce problème d’élocution : Jean Garcia et moi. Il y a quelque cinquante ans, pendant la guerre, ayant la tranquillité d’être chez des amis à Pau– nous venions d’être démobilisés – je me suis intéressé à certains textes de l’Apocalypse. J’étais devant le problème de la sonorité. On parle du Verbe. Le Verbe c’est la parole, la parole c’est le son. Ce qu’on essaie d’imiter avec la typo c’est le son.

Il faut essayer de rendre sa sonorité au verbe. J’ai usé, pour Apocalypse six de corps différents du Peignot-Cassandre. La traduction était particulièrement rythmée…



  – …Élocution, nécessité dans le hasard… c’est ce qui rend les coquilles amusantes ou « curieuses », comme on disait au XIXe siècle. Cela rappelle également le mot d’esprit… ou le lapsus. Vous avez rapproché la typographie et le « travail » de l’inconscient. Vous avez même été jusqu’à travailler dans un cadre psycho-thérapeutique. Encore un essai ? Comment tout cela est il venu ?
 

– L'institution de « La Verrière » a souhaité créer un atelier typographie dans le cadre de la pratique de l’ergothérapie, qui visait à aider les malades à se servir de leurs mains et à récupérer ce qu’ils pouvaient de contrôle. Le docteur Leroy m’a demandé conseil, et je lui ai énuméré ce qu’il lui fallait : une presse à épreuves avec un certain nombre de caractères, etc.

Quand j’ai commencé cette intervention, j'ai choisi une police de caractères qui était particulièrement illisible, une police en solde de chez Nebiolo, dont ils ne savaient plus que faire… Cela me semblait judicieux : il y avait des probabilités pour qu’un malade ait envie de cacher les choses…

 

Ainsi, c’était moi qui lui tendais la perche, ou le piège ! Chez Peignot, j’ai commandé d’autres caractères. Une fois tout installé dans l’atelier, le docteur Leroy m’a demandé : « Ça ne vous intéresse pas, ce qui va se passer ici ? », et c’est comme ça que j’ai été embarqué…