– Pour être sincère, j’ai perçu dans vos œuvres une présence très tendue et contrastée du blanc, d’un côté, et du noir, de l’autre, ainsi qu’une autre chose, que j’appellerais le « gris », ou le bruit, à la fois noir et blanc, ou bien ni l’un ni l’autre. Quelque chose de tendu, de « chaotique ». J’aimerais bien commencer par là. Pouvez-vous nous parler de cette vibration ? Elle donne l’impression d’un devenir, d’un devenir difficile d’ailleurs, c’est cela que j’appelle le « gris », pas encore noir, ni blanc, aucun des deux ne l’emporte encore…

 

– Bien entendu, mais dès l’abord, qu’appelez-vous le « gris » ? Ce que l’on a à dire, c’est noir sur blanc ou bien c’est une composition en couleurs. Je ne connais que deux gris en typographie : la « ligne grise » chère à Frutiger assurant la fluidité de la ligne dans une lecture (qui explique que les Suisses coupent les lettres à l’horizontale).

L’autre gris est celui que les typos appellent la couleur de la page, vibration due au papillotement du dessin des lettres : notion de surface vibrante…




– Justement, avec les Olive (ici le Nord), vous avez créé des perturbations, vous avez joué avec la surface vibrante !

 

– Il y a une surface, oui, mais elle n’a apparemment rien à dire, elle est dans le chaos. Ça vibre, il faut que l’œil suive. C’est un trucage volontaire. Il y a un négatif qui a « bouffé » photographiquement le positif.

Deux caractères se superposent, je ne me rappelle plus exactement comment. Cette épreuve est une star : Jérôme Peignot l’a décrite comme du sadisme volontaire !

Les lettres y sont boulottées par d’autres lettres.