– Personnellement, je vous ai découvert en lisant la Célébration de la lettre, un texte qui « célèbre » autant le blanc que la lettre.

 

– C’était vraiment bon ! Mais depuis, j’ai vieilli… Robert Morel m’avait dit : « Tu fais ça comme un testament. » J’ai fait ça assez vite, dans le mois… Il connaissait la typographie de l’Apocalypse Six et un petit Pater que j’avais fait auparavant, qui étaient composés dans une structure rythmique. La question rythmique et musicale de la typo s’impose d’elle-même. Il est évident qu’on ne peut pas écrire « sur la terre comme au ciel » sans écrire « la terre » en bas et « le ciel » en haut. Il est évident que la phrase est à la fois sonore et spatiale. Le ciel est plus haut, on pourrait même faire une correction typo avec le signe « écarter d’avantage » et j’allais dire comme Aragon : que ce soit pour celui qui y croit ou pas !

 

– Pensez-vous, comme Frutiger que le blanc est différent du vide ?

 

– Frutiger parle du sculpteur et de la façon dont il cherche l’âme de la pierre. Quand on arrive au moment d’établir des blancs, on est dans la même situation que le sculpteur. On les dégage, on les répartit. Le texte devient le texte, plus ce qu’il y a dans l’auteur du texte. Placer les blancs, c’est apporter la vie avec l’âme du texte.

 

– Vous dites « placer les blancs », mais ce sont des signes que vous placez…

 

– Oui, composer, c’est composer les mots. Mais les mots sont au-delà de celui qui les prononce. On n’est pas capable de tout dire. C’est cette part d’âme qui est dans les mots qu’on essaie de dégager vers la lumière en plaçant les blancs. C’est pourquoi le blanc est la chose la plus intéressante…