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LA JOURNÉE DE COURS


Durant mes douze années d’enseignement, le lundi fut mon jour, de 9 heures
à 20 heures.

De 9 heures à 13 heures, le travail était consacré soit au laboratoire, au développement, tirage, repiquage, soit aux conseils techniques de Bruno Jarret et de Jean-Luc Tonini. À 13 heures, appel et rendu du travail pour le premier groupe de 25 élèves. J’exposais et projetais le thème de la semaine, regardais les contacts individuellement, procédais ensuite devant toute la classe
à la projection commentée de leurs travaux ou bien ceux d’un photographe,
d’un peintre, d’un plasticien.
De 16 heures à 18 heures : croquis d’intention. Enfin, de 18 à 20 heures, le deuxième groupe travaillait sur un thème différent de celui du premier groupe.


LE DOSSIER

Au deuxième trimestre, ma préoccupation était de focaliser leur attention sur leur dossier, puisque c’est lui le vrai diplôme, où résident l’intérêt et la qualité des travaux. Dans notre vocabulaire, ce « dossier » est un portfolio
de 40 x 60 cm dans lequel l’étudiant présente ses dessins, photographies, projets aussi bien au jury du diplôme qu’ensuite à ses employeurs ou clients.
C’est pourquoi j’accorde plus d’importance à ce dossier qu’au diplôme.
Et j’en ai fait l’expérience : lauréat moi-même au premier rang du diplôme
des Arts et Métiers de Zurich, seule la préfecture de police de Paris a regardé
ce diplôme quand il m’a fallu obtenir un permis de séjour en France.
Personne d’autre ne s’y est jamais intéressé, contrairement au dossier.
Il reste la satisfaction personnelle d’avoir réussi.

Je laissais donc mes élèves choisir librement deux thèmes de travaux photographiques de six à dix images. J’exigeais seulement que les deux thèmes, qui allaient être notés par le jury extérieur à l’école au coefficient 3
ou 4, fussent nettement différents. Au cours de ces mois d’hiver, ils choisissaient donc leurs sujets et leur maître de thèse, événement à la fois stimulant
et angoissant pour beaucoup d’entre eux.

De janvier à mars, la structure des cours était moins rigide pour laisser le temps aux contacts personnels de s’établir, et lors des projections les élèves s’exprimaient selon le temps et les besoins des uns et des autres. J’invitais
à plusieurs reprises des conférenciers venus des métiers graphiques et de l’art. Ces conférences étaient très appréciées par les élèves, et certains intervenants comme Roland Topor, Jean-Paul Goude, ou Édouard Boubat ont reçu
une standing ovation. Les conférences de journalistes, de publicitaires, d’avocats, donnaient aux élèves le sentiment d’être déjà des professionnels.


UNE DÉCISION DIFFICILE

Le troisième trimestre enfin était consacré à la thèse dont le sujet, déposé,
était accepté ou refusé par le comité de la Direction. Il était réalisé librement, sans aide financière de l'ESAG. J’avais un entretien par semaine avec les quatre
à huit étudiants qui m’avaient choisi comme maître de thèse, que ce fût
à l’école, chez eux ou chez moi, et les relations devenaient plus conviviales,
plus personnelles.

Je ne cessais de souligner qu’il leur fallait profiter de cette occasion, car la liberté de création et de réalisation est très rare dans les métiers graphiques.
Vouloir faire tout soi-même exige d’être auteur, artiste ou de profession libérale. Savoir déléguer un travail dont l’idée est de soi est le point à partir duquel
on devient directeur artistique salarié. C’est justement face à la thèse finale
de travail que j’ai pris conscience de cette ambiguïté, qu’il faut trancher
par une décision difficile.

Aucun professeur, aucune école ne peuvent assurer à l’étudiant l’un ou l’autre des termes de ce choix : être artiste ou artisan ? J’ai gardé des liens
avec beaucoup de mes anciens élèves ; ils sont nombreux à rester en équilibre instable entre l’art et l’art appliqué, entre la liberté et la commande.

En raison de leur nombre, il me reste, hélas, le regret des rapports personnels, des conversations individuelles que je n’ai pas pu avoir avec eux autant
que je le souhaitais.

Écouter des jeunes, c’est être dans le présent.

 

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