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À
L'ESAG
Dans
quel état ai-je trouvé mes élèves ? Que savaient-ils
? Que
leur manquait-il en ce début de 3e année ? Ils nétaient
déjà plus, arrivant à lécole, ceux dont
rêve tout professeur de disciplines artistiques : les plus jeunes
desprit, les plus frais, les moins conventionnels, en somme des
sensibilités vierges encore.
La différence avec le pur savoir serait pour eux dans léducation
culturelle, artistique, qui ne pose pas de questions précises appelant
des réponses précises. Lévolution accélérée
des valeurs met en mouvement sans répit
les goûts, la manière et le savoir-faire.
Mes classes
étaient en moyenne de 35 à 50 élèves, rescapés
des quelque 500 de la première année préparatoire,
attentifs, travailleurs, ambitieux, au seuil
de lâge adulte et de la vie professionnelle. Il leur fallait
devenir des graphistes, des illustrateurs, des photographes, des directeurs
artistiques ou des artistes. Mon objectif était de leur ouvrir
le chemin de la création dimages dont
ils nallaient pas forcément être eux-mêmes les
auteurs, et de les familiariser avec les professions graphiques. Ils avaient
derrière eux trois ou quatre ans
de dessin, dillustration photographique, ils connaissaient la forme
et la couleur. Ils avaient donc déjà compris, par comparaison,
ou par conscience deux-mêmes, de quoi ils étaient plus
ou moins capables.
LIBÉRER LA CRÉATIVITÉ
Au-delà
de la technique de la lumière, des caméras et du laboratoire,
la photographie ne senseigne pas plus que la peinture ou la sculpture.
Mon but nétait donc pas de former des photographes professionnels,
mais de libérer
leur créativité photographique, de leur montrer comment
il est possible de réaliser une idée visuelle par un croquis
dintention ou une description dimage.
Près
de la moitié des étudiants deviennent des directeurs artistiques.
Depuis
les années 60, la photo et son réalisme sont les moyens
visuels les plus employés, avec la vidéo, dans la communication :
presse, édition, télévision et publicité confondues.
En un mot, le marketing conduit au réalisme, et la photo de produit
ou datmosphère a remplacé laffiche de Cassandre.
Dès lors, il est intéressant pour lenseignant dobserver
les différences dapproche dun même sujet par
des jeunes gens de la même école, de même âge
et de culture sensiblement de même niveau.
Après
plusieurs années dun enseignement centré sur la recherche
et lobtention de « leffet », vers lequel
convergent tous leurs efforts, les étudiants ont développé
une vision esthétique, et surtout graphique, qui peut paradoxalement
constituer un handicap lorsquils abordent la photographie. Tous
mes efforts tendaient à inciter les élèves à
une vision photographique lyrique, ludique,
à abandonner un temps le « noir et blanc » pour explorer
toutes les gradations du gris, à aiguiser leur sens du détail,
le goût des tirages soignés et originaux, séduisants
par eux-mêmes. En un mot, à les familiariser avec ce qui
fait la spécificité de la photographie en leur en donnant
les moyens photographiques.
LE MENSONGE DE LA CAMÉRA
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