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1.
SITUER LA PUBLICITÉ POLITIQUE DANS L'UNIVERS DE LA PROMOTION
Je voudrais commencer par vous lire un petit texte.
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« On ne sert pas en même temps ces deux maîtresses exigeantes que sont la publicité et la politique. Tout sépare ces surs ennemies. Lune est passion et rêve, lautre froideur et réalité. Lune est optimisme et spontanéité, lautre méfiance et calcul. Lune est séduction et dérision, lautre pression et possession. À voler de lune à lautre, je ne pouvais que me brûler les ailes. » |
On aura reconnu dans cet extrait de Fils de pub, paru en 1984 chez
Flammarion,
la prose de Jacques Séguéla qui sait de quoi il parle puisquil
a fait la campagne du RPR « Oui à la France qui gagne »
en 1976, la campagne du PR « La majorité aura la majorité »
en 1977, la campagne Mitterrand « Le socialisme une idée
qui fait son chemin » en 1978, la campagne présidentielle
de Mitterrand « Lautre chemin », « La
force tranquille », « Dabord lemploi »
en 1981, avant dexporter son savoir-faire en Bulgarie, en Tchécoslovaquie
et, si jen crois
le camarade Cayatte, jusque chez Boris Eltsine.
Il est vrai que lalliance de mots « publicité politique » souffre de deux ambiguïtés majeures, celles attachées à chacun de ses termes.
Ambiguïté du politique
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El Lissitzky ; avec le coin rouge, bats les blancs, (1919-1920).
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Politique
cest ici un adjectif qui a donc deux géniteurs :
le géniteur mâle noble,
le politique, lieu de laction
et des rapports de pouvoir, cercle dont le centre est partout et la circonférence
nulle part (« tout relève du politique »)
et un géniteur femelle domestique, la politique, une souillarde
qui vit en cuisine, lieu de la pratique de la parole et de la représentation
symbolique (« tout ça, cest de la politique »).
Cette ambiguïté que Braud ou Edelman ont bien soulignée
est une des difficultés à baliser le domaine dune
science politique privée de son soleil, la notion dÉtat
autour duquel tout hier rayonnait et explosée aujourdhui
en milliers de constellations dont il est difficile de tenir la cartographie.
Ambiguïté de la publicité
Le terme publicité nest pas moins ambigu. Publicité
vient du latin publicare, qui veut dire confisquer au profit de
lÉtat mais aussi faire connaître à tous, doù
le mot publication. La publicité est donc létat de
ce qui est public, mais cest aussi un terme daction qui renvoie
à une série de moyens utilisés pour la promotion
et qui en tant que tel prend donc place à côté de
ses confrères et consurs :
la propagande politique, le marketing politique, la communication politique.
Comment situer dans cet univers la publicité
politique ?
Une première approche consiste à spécifier chacune
des formes de la promotion par leur objet. On a longtemps soutenu que
la propagande cétait la promotion de lidée,
que la publicité cétait la promotion de lobjet
et que le star-système cétait la promotion de la personne.
Aujourdhui, cette trinité a fait place à lcuménisme
le plus complet. En politique, on fait la promotion aussi bien dune
formation que de ses valeurs, de son chef et des signes de reconnaissance
ou dallégeance qui marquent sa distinction. Il ny a
pas
un stand de la publicité politique, mais une véritable foire
aux images.
Une seconde approche consiste à opposer une publicité qui
serait prescriptive parce quelle tolère la concurrence et
quelle en vit et une propagande qui serait proscriptive parce quelle
exclut la concurrence et quelle en meurt. Cest la thèse
dun spécialiste que Gérard Blanchard appréciait
beaucoup, Georges Peninou, qui a été notamment directeur
de lagence Intelligences et directeur de recherches chez Publicis.
Mais cette opposition entre une propagande hard et une publicité
soft ne paraît plus convenir à une époque où
la publicité comparative rend la publicité parfois hard
et où la politique joue davantage sur la séduction que sur
la dénonciation et utilise toutes les ressources du langage soft.
Enfin, on a cru pouvoir avancer que la publicité politique nest
quune des branches de la publicité commerciale, quon
peut donc lui appliquer les mêmes règles sémantiques
et lexicales. Cest tout le propos du marketing politique qui, dans
les années 60, annonçait quon vend un président
comme une savonnette mais qui me paraît mis en cause par lanalyse
de léchange politique qui est dun ordre radicalement
différent de léchange commercial.
Des outils danalyse appropriés
Le degré minimum de léchange commercial cest
lacquisition dun produit ;
on lachète où lon veut, quand on le veut, on
peut lacheter en même temps que ses concurrents ou ne pas
lacheter du tout, on paie léchange, on emporte le produit
dont on est propriétaire, on lutilise et sil ne vous
convient pas on peut le rapporter à la caisse et se faire rembourser.
Aucun de ces paramètres ne sapplique au degré minimum
de léchange politique qui est le vote, qui ne se fait ni
où lon veut ni quand on veut et qui exclut le cumul. On ne
paie pas ou en tout cas pas directement. On na rien non plus en
retour sinon des promesses et on ne peut rapporter le candidat là
où on la pris pour en faire léchange sil
ne vous convient pas.
Il faut donc à un langage spécifique comme celui de léchange
politique des outils danalyse spécifique, indépendants
de ceux utilisés pour lanalyse de léchange publicitaire.
Aussi les chercheurs ont progressivement mis au point :
- une grammaire
de léchange politique autour des trois grands protagonistes
de léchange politique ;
- un lexique
du légendaire politique articulé autour des métaphores
cardinales du langage politique ;
- une syntaxe
de limage politique animée organisée autour des
grandes trajectoires que sont la conquête du pouvoir avec la mise
sur orbite des différents étages successifs de la fusée
présidentielle, la gestion de limage du pouvoir avec le
passage de létat de grâce à létat
de fait, puis
à létat durgence et la construction de la
stratégie télécratique des formations ou de leurs
chefs.
2.
ÉVOLUTION DE LA PUBLICITÉ POLITIQUE
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